Sincèrement, l’auto-critique, ça vous parle ?

Cette fois-ci c’est de « ratage » et d’insatisfaction dont j’ai envie de vous parler.

Cette « nouvelle lettre » sera donc uniquement illustrée de dessins que JE considère ratés, et que donc, que je n’ai probablement jamais publiés.

Non mais sincèrement, qui a dit que c’était raté ? Vous ??? Alors laissez-moi vous dire deux mots : que cherchez-vous quand vous dessinez (ou faites quelque chose qui vous tient à cœur) ? L’exécution parfaite, ou le plaisir de faire ? D’ailleurs, est-ce que vous savez définir exactement, précisément, ce qui sera considéré immédiatement BIEN par vous-même ? Vous êtes d’accord que c’est très difficile à déterminer, non ? À l’inverse, on est souvent rapide à décréter RATÉ ce qu’on vient juste de produire, n’est-ce pas ?

Rater quand on débute, quoi de plus normal ?

Puisqu’on a jamais ou peu pratiqué, pourquoi vouloir un résultat immédiat, comme par magie ? Ou plutôt, puisqu’on débute, pourquoi écouter cette petite voix critiqueuse et lui accorder du crédit ? C’est plus que normal de bredouiller avant de s’exprimer avec éloquence, griffonner avant d’épater la galerie avec un trait magistral, etc. Franchement, il faut la bâillonner cette fausse amie qui dispense des avis non sollicités et plutôt donner du crédit à ses ressentis pendant le moment. Est-ce que l’expérience était agréable, apaisante, stimulante, instructive, enrichissante, partagée, etc. Est-ce qu’on a perdu la notion du temps qui passe, est-ce qu’on était connecté·e au monde, aux personnes à côté de nous ? Est-ce qu’on a oublié son téléphone pendant ce temps ? Est-ce qu’on a envie de recommencer ? Ça, ce sont les notions qu’il faut recueillir et écouter, et sur lesquelles il faut s’appuyer. Elles sont constructives. Nous le savons bien, c’est d’une pratique régulière et consciente, soutenue par des encouragements, (y-compris de soi-même) que viennent les progrès, bien plus et bien mieux que des critiques. Et ce, quel que soit le domaine.

Nous sommes en général dans cette empathie pour notre entourage, alors pourquoi nous traiter différemment ?

Ne jamais oublier que tout s’apprend, pour peu qu’on y consacre du temps, de l’envie et de l’énergie ; le dessin et ses corollaires ne font pas exception.

Et quand on n’est plus novice ?

Que penser de cette impression trop fréquente d’avoir raté, fait du mauvais boulot ?

Menez une petite enquête autour de vous et vous allez voir que l'insatisfaction est un sentiment, une sensation même, assez universelle, quel que soit le niveau des personnes et surtout à chaud.

Il me semble que le plaisir du dessin se situe aussi dans l’infini des possibilités, des techniques, dans cette complexité d’exécution sans cesse renouvelée, dans ces défis que l’on se lance dès qu’un but ou une technique est à peu près acquise. Je gère la notion de volume ? Ah oui mais la lumière ? Les proportions c’est bon maintenant, mais la couleur ? Etc. Je vous laisse continuer, vous savez faire, n’est-ce pas ? 

Rater, louper, c’est le signe d’une pratique vivante, en mouvement, c’est caractéristique des prises de risques et des expérimentations. C’est à mon avis la manière la plus efficace pour progresser.

Vous avez remarqué comme certains artistes reconnus se sont tout à coup figés dans une manière de faire, comme coupés dans leur élan ; et d’autres, tout en étant parfaitement reconnaissables, ont durant toute leur vie expérimenté et évolué, l’inspiration les guidant sur un chemin merveilleux.

Quand on rate, le premier réflexe est d’effacer et recommencer. La gomme est votre amie pour ça. Votre « amie » jusqu’à ce que vous réalisiez qu’elle est l’alliée de votre voix critiqueuse qu’elle flatte et renforce. Laissez-là donc au fond de votre sac (ou votre cave) et essayez plutôt d’avoir le crayon ou le pinceau léger, superposer les traces, les essais, vos progrès. Vous verrez votre trait s’affermir, prendre de l’assurance, grandir ; et la présence des premiers traits peut-être insatisfaisants permet d’une part de rectifier en ne repassant justement pas au même endroit, et d’autre part de nourrir le résultat final en lui apportant un charme et une authenticité incomparable et ultra personnelle.

Pensez juste à crayonner léger et clair pour ne pas charbonner votre feuille. Vous verrez que vous allez rapidement alléger cette étape et prendre confiance dans votre main, votre regard et votre trait.

Je crois aux bienfaits des « ratages », pas dans le sens de l’autocritique exacerbée (je crois que vous avez saisi mon avis sur le sujet), mais dans le sens de « puisque cette voix parle de l’intérieur, apprenons à faire avec elle ». « Rater » est révélatrice d’une quête d’exigence, une énergie tendue vers la progression, on va l’utiliser pour ça, mais il ne faut pas lui laisser prendre toute la place.


Voici quelques clés pour canaliser cette voix si vous la trouvez trop bruyante :

  • Museler/bailloner l’autocritique tant qu’on est en période d’apprentissage (ça peut être au début d’un nouveau support, comme d’un nouveau médium). Puis de temps en temps, simplement pour se faire des vacances (c’est le plus difficile à faire).

  • Ne pas l’écouter à chaud (c’est le moment où elle est la plus virulente), mais attendre au moins 24 h pour arriver avec un œil neuf sur sa production et éventuellement rectifier ,( ou simplement remarquer ce qui aurait pu être fait autrement. 

  • Accepter de rater pour avancer, évoluer, changer et prendre le temps de comprendre ce que la sensation d’échec enseigne.

  • Accepter de rater pour REFUSER d’arrêter ou laisser tomber, alors qu’on est EN CHEMIN, et s’accorder, tout simplement, le plaisir de FAIRE.

  • Accepter de rater pour moins scroller et plus risquer.

  • Accepter de rater un peu pour réussir beaucoup.

Alors bien sûr, on fait comme on peut avec son niveau d’autocritique. En écrivant ce qui suit, je ne veux pas stigmatiser comme certains articles de développement personnel, qui affirment qu’on aurait le contrôle sur ses pensées et qu’on aurait la possibilité de décider d’aller mieux, peuvent le faire. Je veux juste vous proposer une piste de réflexion pour aider à juguler l’autocritique quand elle se fait trop invasive.

Question : 

Est-ce que cette façon instinctive d’accueillir souvent négativement (de prime abord) sa production ne serait pas une sorte de facilité presque rassurante, une manière de se complaire dans une autocritique exacerbée, un peu comme au collège, où il était plus fédérateur de critiquer les non-copin·es que de complimenter simplement et sincèrement ses camarades (je sais on utilise plus ce mot).

N’oublions pas qu’en critiquant, on se place au-dessus, en « censeur » ou en sachant, et comme notre cerveau aime bien dominer, il a la critique facile. En bon non-copain, (limite toxique ?) il nous laisse entendre que c’est pour notre bien, pour que nous progressions, ou pour que nous arrêtions de nous ridiculiser, et stoppions dès à présent (avant même d’avoir essayé) cette nouvelle activité, et revenions à des tâches plus utiles et sérieuses ( travail, famille,… ;-) ) 

Je vous mets en fin de post le lien vers un article de Sciences et Vie qui explique les mécanismes de l’auto sabotage. 

Accepter de rater, d’être imparfait·e, c’est prendre le chemin de l’expérimentation, de l’exploration, des prises de risques, et de ce fait, des progrès.

Je ne parle pas de l’auto complaisance, qui franchement guette bien peu de personnes ,et encore moins les femmes, mais d’une indulgence positive, d’une auto-emphatie accordée à soi-même comme un accompagnement bienveillant qui aide à progresser, à se développer, pas à pas, à conforter les acquis. Et surtout, à poursuivre.

On est pas là pour réussir, on est là pour FAIRE.

Et à force de faire …… on réussit.

Alors dites-moi, cette petite voix, elle vous laisse tranquille vous ? Vous la gérez ? Je suis curieuse de vous lire.

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Lien vers l’article de Sciences et Vie sur l’auto sabotage https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/lauto-sabotage-pourrait-avoir-une-fonction-protectrice-insoupconnee-223148.html

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