Sincèrement, à quoi bon ?
Qu’est-ce qu’on met dans nos carnets ? Qu'est-ce qu’on cherche, crayons et pinceaux en main ?
Qu’est-ce que JE cherche, à dessiner comme ça, jour après jour, et pas toujours dans la joie et la bonne humeur (tant l’auto pression est prompte à s’enclencher) ?
C’est ce que je vous propose d’explorer.
Si ce format, plus posé qu’un post Instagram, vous plait, n’hésitez pas à l’envoyer à un ou une amie, d’une part pour m’aider à faire connaître mon travail, mais aussi éventuellement pour échanger avec d’autres créatifs sur ce sujet.
Alors pourquoi commencer un carnet ? Pour l'écriture, il me semble que c’est la suite naturelle de ce que l’on nous a enseigné à l’école : un cahier, un stylo, et (pour certain·es) c’est parti.
Mais pour le dessin, la peinture ? En général, c’est une pratique qui se commence sur des feuilles libres, soigneusement conservées (ou pas) par la famille. À l’école, parfois, les dessins sont dans le cahier de poésie, mais dès le collège, puis au lycée, si il y a un cours d’arts plastiques, on revient aux feuilles libres et (signe extérieur « d’artisterie ») au carton à dessin. « )’Ce n’est que bien plus tard et seulement pour certaines personnes, que les carnets apparaissent.
Les plus connus sont les carnets de voyage, ils ont été pratiqués bien avant la photographie, ils sont logiques et fonctionnels, se glissent dans une poche et les dessins et aquarelles y apparaissent en général pour compléter les notes d’observation.
Ces carnets permettent de consigner, relever, noter, coller, les découvertes et émerveillements de ces voyages. Autrefois réservés aux explorateurs, puis rapidement aux riches personnes qui avaient le loisir de voyager longuement pour alimenter leur soif de culture exotique, et au retour briller en société, ces carnets de voyage, même si nous sommes maintenant loin de cette époque, ont toujours cours et sont devenus une activité à la portée de chacun·e, quelque soit d'ailleurs le voyage, lointain ou non.
Reférences : les carnets de Lapérouse, de Delacroix, de Pierre Loti, de Mathurin Méheut, de Titouan Lamazou
Une autre sorte de carnet, c’est le carnet d’artiste. Notes, pensées, idées, croquis, collages, ces carnets-là sont comme un cerveau annexe, une base de données personnelles et codées, une banque intime de possibles à explorer et à utiliser pour sa production artistique. Cette pratique créative en carnet est d’ailleurs une des première consigne donnée à l’entrée des écoles d’Art. Il est attendu des étudiants de prendre l’habitude de remplir, en dehors de leurs cours, un carnet de recherches et de visualisations, figuratives ou pas.
Ces carnets d’artiste sont une sorte de pont, de passage entre le réel de la vie et de l’actualité, et le monde créatif de l’artiste qui va se servir de ce qu’il ou elle absorbe pour créer et donner à voir, à percevoir et à penser à celleux qui viendront voir son travail.
Références : Je pense aux carnets de de Léonard de Vinci, de Charlotte de Maupeou qui peint des portraits dans des livres de comptes anciens depuis des années, à ceux de Frida Kahlo, d’Henri Matisse, etc.
J’identifie une troisième famille de carnets, que je connais moins, parce que je ne le pratique pas : les carnets de Journaling ou Goalbook. Hybrides entre l’agenda et le carnet créatif, ils sont souvent proches d’un éphéméride ou un almanach, sorte de calendrier codé personnel qui permet, tout en explorant des procédés graphiques et des joujoux de papeterie de consigner ses objectifs, ses projets et leurs évolutions.
Les carnets d’artistes s’en approchent d’ailleurs parfois d’une manière très libre, par des rituels et des objectifs de pratique récurrente sur des périodes plus ou moins longues. Sorte de Journal graphique, ou Visual Diary en anglais, ils sont un lieu d’exploration et de mémoire qui institue une pratique ritualisée ancrée dans le quotidien et la répétition.
Références : Allez voir ce que fait Rebecca Green, ou HelenC Stark, ou encore Giorgia Lupoi et Stéphanie Posavec.
Et donc, nos carnets ?
Qu’est-ce qu’on y met et pourquoi ?
Certains de nos carnets sont clairement des carnets de voyages, linéaires pour le parcours et la temporalité, ils fixent nos vécus et des moments sélectionnés en nous offrant le temps du dessin, et paradoxalement, une déconnexion de notre quotidien et de ses contraintes tout en encapsulant intensément l’émotion, les odeurs, la météo, les bruits du moment dans la page.
Comme le croquis (même quand on est rapide) impose de prendre son temps, la pratique du dessin a le pouvoir de retenir le temps, de capter les sons et les parfums, et quelque soit la dextérité du geste, d’encapsuler dans le papier, des futurs souvenirs qui seront consultables à loisir de retour à la vie quotidienne.
Un des pouvoirs magiques du carnet est de conserver comme des « time-capsules » les instants qu’on lui confie. Et comme, en passant aux pages suivantes, on fait « disparaître » nos productions, on occulte au fur et à mesure, sans détruire, nos insatisfactions qui deviennent les fondations de nos avancées graphiques.
Un autre est d’encoder (consciemment ou non) ce que l’on y dépose, le croquis d’un café en terrasse raconte peut-être une rencontre en particulier, mais même si l’émotion est perceptible dans le dessin, aucune indiscrétion ne sera révélée à moins que l’on accompagne oralement la page d’un commentaire.
Ils sont un moyen efficace de progresser dans notre art, sans forcément y prêter attention ou intention, mais en jetant un œil aux carnets précédent, on a souvent la démonstration de nos avancées.
Nos carnets sont patients : libre à nous de les reprendre exactement là où nous les avons (pour mille bonnes raisons) abandonnés, et repartir d’un trait nouveau.
Nos carnets fixent nos vies, parfois avec plus de contrastes, ou encore plus de couleurs, et peu importe nos outils, la qualité de nos papiers ou notre dextérité. Ils savent absorber nos coups de mou, et gonfler ou regonfler notre égo quand on en partage des passages avec la communauté des sketcheurs, que ce soit en physique pendant les rencontres USK pour ceux qui les pratiquent, ou par les réseaux sociaux.
Attention, malgré toutes ces qualités, ils peuvent déclencher le syndrome du carnet parfait, ou carnet figé. Personnellement, je trouve qu’il faut se méfier de cette envie qui peut être écrasante, ou même bloquante, et qui a tendance à figer la pratique dans une manière de faire maîtrisée (et non plus exploratoire) parce qu’on pense au bon résultat qu’on veut obtenir. Au mieux, le carnet est uniforme comme un livre, au pire, en cas de ratage, on referme le carnet et on s’en veut, voir on arrête de produire.
Pourtant, la destinée de nos carnets est de s’aligner, au fil des ans sur une étagère, loin des yeux et des critiques, conservant les trésors qu’ils contiennent assoupis dans leurs pages, et c’est comme ça qu’on les aime. Ils sont intimes, rassurants et consultables éventuellement, on les partage ou les montre seulement si on veut, et à qui on veut,on publie, là encore, on ne dévoile que ce que l’on veut (vive les cadrages).
Vous aussi vous avez ce petit stress (émulation?) des dernières pages qui pousse à s’assurer qu’un carnet suivant est disponible et qu’on ne va pas tomber à court de support, tout en ayant face à la première page du suivant, qui n’est pourtant souvent pas le premier, une soudaine timidité un peu encombrante
Alors, à ce faux doute sur le bon de nos carnet, je répondrais que justement, nos carnets sont tous une merveilleuse aide à vivre, page après page, jour après jour, moment après BON moment, aussi dérisoire soit-il.
Sur ce, bon dessin en carnet ou pas ;)
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Vous aimez ma façon de peindre et dessiner ? Venez pratiquer en Touraine avec moi et profiter de mes conseils, j’organise des stages et retraites qui permettent en quelques jours de franchir quelques paliers.
À l’occasion des rencontres nationales USK à Rouen, j’organise deux ateliers, un le jeudi soir devant la cathédrale (il reste quelques places) et un le samedi matin au marché place st Marc (complet).
En Juin, du 12 au 14 je serai à Chartres, à l’invitation d’Aurélie Liham qui organise un stage de 3 jours, contactez-la si vous êtes intéressé·e par ce créneau.
Bonus tips :
Vous ne dessinez pas mais vous avez envie de vous y mettre ? Procurez-vous un petit carnet, A6 c’est parfait pour commencer, un D&S de chez Hahnemühle par exemple c’est très bien, un bic ou un feutre qui traine, et zou. Un dessin par jour (10 à 15 min) de quelque chose qui est devant vous. Pas d’auto-critique, ne montrez ce que vous faites à personnne et ne cherchez ni les critiques, ni les compliments, ne faites que de la pratique. Faites-le pendant 30 jours, vraiment. Vous serez impressionné·e par vos progrès, promis.
Plus de carnets ? Le Paon a publié un très chouette article de blog sur ce sujet : https://blog.le-paon.com/5-carnets-d-artistes-a-decouvrir/